Tentative de meurtre

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Une affaire qui fit du bruit...

 

Nous sommes en possession, au Musée Municipal de Guînes, de la copie d’un jugement rendu par la Cour d’Assises du Pas-de-Calais, siégeant à Saint-Omer, et dont la date d’audience est fixée au 21/08/1838. Il s’agit du  compte-rendu d’un procès qui, en son temps, fit grand bruit dans la petite bourgade de Guînes, puisqu’un de ses concitoyens était accusé du crime d’empoisonnement sur des membres de sa famille et pour des raisons strictement financières.

Ce jugement fut imprimé à Saint-Omer par Lemaire, alors installé « Litte-rue, au numéro 27 », tandis qu’en bas du second feuillet, (il s’agit d’une simple feuille, imprimée recto-verso), on découvre une complainte, (voilà qui est bien dans l’air du temps), signée par le dénommé Bosret, marchand de cirage.  Vous en découvrirez les 6 couplets et le talent du dénommé Bosret, en fin de cet article.

 

 

L’affaire commence le 28 février 1838, jour des cendres. La dame veuve Playe, marchand brasseur à Guînes,  rentre  de la  messe vers 10 h du matin.  Elle retrouve dans la maison familiale sa jeune nièce, la demoiselle Azémia Muzelet. Toutes deux se mettent aussitôt à déjeuner et à prendre leur café. Pressée de se rendre à la 2ème messe, Azémia prend son café très vite afin de quitter la maison au plus vite. C’est alors qu’elle ressent une grande chaleur à la gorge. « Ne trouvez-vous pas que le café a un goût piquant ? » demande t’elle à sa tante. Ce à quoi la tante a vite fait de répondre : « c’est bizarre en effet, on dirait qu’on y a jeté du tabac ! »

 

Puisque c’est la jeune Azéma qui a préparé le café, commence alors le questionnement de la tante quant à la manière avec laquelle sa nièce s’y est pris. Rien d’anormal dans les réponses de la jeune fille : le café provient d’un sac d’une demie-livre achetée en poudre et dont on s’est servi à plusieurs reprises. C’est alors que Azémia se met à ressentir de fortes douleurs au ventre,  accompagnées d’envies de vomir. La tante demande aussitôt à la jeune fille si personne n’est venue dans la maison pendant qu’elle était à la messe. C’est ainsi qu’elle apprend que son beau-frère, Louis-Jacques FRANCOIS est venu chez elle, qu’il est resté 5 à 6 minutes seul dans la cuisine.  La dame Playe s’écria de suite : «  nous sommes perdues, il a fait quelque chose de mal ».

 

Sur ce, le docteur Richard Thoumin est immédiatement alerté et il  ne va pas tarder à constater les effets d’un empoisonnement ! Il peut alors prescrire aux malades différents remèdes pour contrer le poison ingurgité mais avec des effets secondaires qui « vont  leurs procurer des déjections abondantes qui se prolongèrent plusieurs heures » nous apprend le compte-rendu. On y précise aussi qu’un chien de la maison ayant mangé des matières vomies fut pris lui aussi de vomissements et qu’il disparut le lendemain sans qu’on ait pu le retrouver ! Le médecin guînois, soucieux d’aller au bout de ses investigations, va de son côté, demander des analyses chimiques à partir des fameuses déjections et du reste de café laissé par les deux femmes. On va y découvrir de l’arsenic blanc en grande quantité, tandis que dans le fond du pot de café moulu, les experts ne trouvent rien. C’est donc bien dans la préparation du fameux café que le poison a été introduit et les soupçons se portent logiquement sur le dénommé Louis-Jacques FRANCOIS, comme évoqué immédiatement par la veuve Playe. Et il n’est pas trop difficile d’accuser FRANCOIS, tant il est  vrai que de nombreuses charges pèsent sur lui !

D’abord, c’est la situation familiale qui intrigue. En effet, sa femme est la nu-propriétaire de la brasserie de la veuve Playe, (brasserie estimée à 30 000 francs), et c’est cette dernière qui en perçoit l’usufruit. En disparaissant, sa belle-sœur laisserait les revenus à l’épouse de Louis-Jacques FRANCOIS.

 

Quant à la conduite de l’accusé en ce jour du 28 février,

elle a de quoi surprendre les protagonistes de l’affaire et différentes personnes qui l’ont croisé ce jour là.

 

Commençons par cette visite chez sa belle-sœur.

Une visite de courtoisie bien surprenante, d’abord, tant il est vrai que ce genre d’amabilité est rare chez notre guînois, mais une visite bien préparée, car de sa maison, située en face de l’église, FRANCOIS a pu voir sa belle-sœur entrer à l’église pour la messe de 8 heures. L’enquête prouve ensuite que l’accusé est resté seul plusieurs minutes dans la cuisine où Azémia l’a laissé car le sieur Fourcroy, maire de Guînes, est venu discuter avec la jeune fille pour une affaire d’ordre familial. M. Fourcroy et Azémia sont restés pour discuter sur le seuil de la maison et c’est ainsi que FRANCOIS est resté seul dans la cuisine 5 à 6 minutes ; Azéma l’y ayant retrouvé assis près du feu où le café chauffait !

 

Dans cette même journée du 28 février, et après être sorti de chez la dame Playe, Louis-Jacques FRANCOIS rencontre l’un de ses cousins, un dénommé Roussel,  attablé au cabaret du sieur Darcourt  et il lui dit aussitôt : « parent ! il faut que je te régale ». Il demande ensuite de l’eau de vie, en boit un demi-verre, et s’en va discuter  de table en table. Il revient ensuite près de son cousin, s’assied et se met à chercher quelque chose dans toutes ses poches avec un air soucieux. « Mais que cherches-tu donc ainsi ? » , finit par lui demander son cousin. « Mon paquet de tabac » lui répond FRANCOIS, ce à quoi son interlocuteur a vite fait de lui répondre qu’il devient fou puisque ledit paquet de tabac est devant eux, sur la table ! L es réponses faites à Roussel seront fort évasives  mais ce dernier a pris le temps de constater qu’en vidant ses poches, son cousin a sorti un petit paquet gris-bleu, plié comme un paquet de poivre, ouvert d’un bout et fermé de l’autre.

 

Sorti du cabaret vers 6heures et demi, FRANCOIS n’en a pas encore fini avec la boisson puisqu’il est vu ensuite dans un café où les conversations vont bon train quant à cette affaire d’empoisonnement dont on se doute qu’elle fait grand bruit dans la ville de Guînes. Des témoins affirmeront que l’accusé n’a pas manifesté grande surprise sur le sujet alors qu’il s’agit tout de même de sa belle-sœur !

 

C’est Pierre-Noel Colbrant , commissaire de police à Guînes qui est chargé de l’enquête; une enquête qui va révéler que, que dans les jours qui ont suivis l’empoisonnement,  L.J. FRANCOIS n’est jamais retourné chez Mme Playe pour y prendre de ses nouvelles.

Le procès de Louis-Jacques FRANCOIS aura lieu à Saint-omer le 21 août 1838, avec 8 témoins à la barre, et que nous venons d’évoquer précédemment. Le Ministère Public soutiendra avec force conviction l’acte d’accusation et il ne faudra pas longtemps au jury pour rendre un verdict de culpabilité, mais avec circonstances atténuantes. Une sorte de « bémol » qui ne va pas empêché Louis-Jacques FRANCOIS d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité et à l’exposition sur la place publique de Guînes.

 

 


Voici donc la complainte, (recopiée en l’état),  composée par le dénommé Bosret, marchand de cirage de son état, et qui termine ainsi ce feuillet,

ce « canard » de l’époque qui , plus que d’informer, se donnait pour mission de faire frissonner les âmes sensibles :

 

1-

« Ecoutez l’histoire horrible

D’un grand empoisonnement,

Arrivé tout récemment

Dedans la ville de Guînes,

François, hélas !par malheur

Est le nom du malfaiteur. »

 

 

3-

« Et aussi de sa cousine

Voulant par spéculation,

Attenter dans son action

A la vie de cette victime,

Qui devait boire le cfé

Qui se trouvait empoisonné. »

 

 

5-

« Dans les mains de la justice

Ce terrible scélérat,

Après son action tomba,

Et pour punition de son vice

Le jury lui a infligé

Les travaux à perpétuité ».

 

 

2-

« Tentant tout ce cœur de roche,

Dans sa tante, la café,

Adroitement sut jeter,

Le retirant de sa poche,

De l’arsenic poison

Inventé par le démon. »

4-

« Grâces à la providence,

Cet horrible attentat,

Nullement ne réussit pas,

Car le ciel dans sa clémence,

Empêcha la dame Playe

D’avoir été empoisonnée ».

6-

« Que cette leçon profite

A tout mal intentionné,

Le châtiment est réservé

A quiconque le mérite,

Et dieu sait dans sa bonté

Punir qui l’a mérité. »

Eric Buy

Société Historique de Guînes